Merveilleux poèmes

 

 

 

Dernière représentation


Dressé au centre de la place,

Le chapiteau arbore ses couleurs tonitruantes

Obstacles de camions bariolés de grimaces

Du clown, poneys, singes, lion… images gluantes

Amer reflet de la vermine infestant la paille

Supposée nid, cocon, pour ceux nourris d’offenses,

Avilis, sacrifiés, persécutés d’une cruauté sans faille,

Sous l’étincelante gloire du paradis de l’enfance.



L’épaisse moiteur du soleil ne l’atteint pas aujourd’hui,

Soupirant, il se tourne, puis son énorme tête se pose,

Dans ses grosses pattes, réminiscences d’un monde qui fuit…

L’absence des crocs, le poil terne, morose,

Ses oreilles captent seul le claquement du fouet,

Subsistent encore ces éclairs dans sa mémoire bafouée

Espaces sans fin, jours sans faim, la lionne de toute beauté,

Fait sa cour, premiers émois, premiers plaisirs, premiers étés…



Qu’est il donc désormais, qu’une vieille peluche gémissante,

Clou du chapiteau, engendrant des rires quand il inspirait la crainte,

La méfiance qu’il vouait alors envers l’homme dévoile une pensée violente,

Son rêve, n’est-il pas de mourir des mains du guerrier, sans plainte ?

Les cris, le fouet, sa prison, ont eu raison de sa détermination,

Soupirant encore, les fausses caresses parcourant sa toison

Perfore son cœur plus encore, l’homme a décidé de sa vocation,

Qu’importait sa prestance, sa dignité, lui, le Roi… le lion



Il n’attend désormais plus que sa fin, la vraie, la seule,

S’éteindre, fermer les yeux sur sa déchéance,

Allonger son corps décharné, de la savane argentée faire son linceul

Loin de ces hommes qui l’ont dressé contre eux dans la violence.



Non, ces cages ne sont que prison, ces hommes ne sont pas mes maîtres,

Ce chapiteau est celui de la désolation, de la honte, déshonorant,

Pour vous humains, qui regardez yeux écarquillés, peu à peu disparaître,

Derrière ses grilles, la noblesse, la grandeur, la loi naturelle, il est temps

D’ouvrir vos bouches, ne plus regarder mais voir, sentir, parler, crier,

Que cette vie est notre mort, qu’elle passe par la souffrance, l’intolérance,

Cessez ce massacre, cet affront à nos intelligences, à nos destins glacés,

Sur vos camions, vos poteaux, c’est là notre seule exigence,

Vivre parmi les nôtres, gavés de liberté, nourris de soleil et d’espérance !

SF
Merci à toi

 


 

 

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